Quicumque

Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem
Quiconque veut être sauvé doit avant tout tenir la foi catholique
[Symbole de saint Athanase]

Ut filii lucis ambulate : fructus enim lucis est in omni bonitate et justitia et veritate
[saint Paul aux Ephésiens, V, 8-9]



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La Compassion de Notre-Dame

Le vendredi de la semaine de la Passion, l’Église célèbre la Compassion de la très sainte Vierge Marie. Au pied de la Croix, la sainte Vierge se tenait debout, dominant la souffrance, la fatigue et le chagrin : Stabat Mater. Elle acceptait d’un cœur parfait la volonté de Dieu, s’unissant à Jésus-Christ et ne faisant qu’un avec lui dans le Sacrifice rédempteur.

Une des plus belles pages, sinon la plus belle, de l’Année liturgique de Dom Guéranger est celle qu’il consacre à la Compassion de Notre-Dame. Pour la fêter c’est une belle méditation et un bel acte filial de la [re]lire.

La compassion de Notre-Dame

Prolongeons un peu, même si c’est maladroitement, ce que dit Dom Guéranger.

Il fallait qu’une offrande montât de la terre des vivants d’ici-bas pour présenter à Dieu Trinité le dernier instant de la vie terrestre de Notre-Seigneur, le moment même de la consommation du Sacrifice de la Croix.

Un instant n’est conscient qu’à l’instant suivant qui en « prend possession » et en achève l’intention. Cela est vrai et vérifié d’un dernier instant : chaque fois que nous endormons, l’instant précis où nous tombons dans le sommeil est inconscient ; nous ne nous en rendons compte qu’au réveil, parfois un peu brutal si le sommeil nous a saisi au volant ou si c’est la voix du patron qui nous réveille. La conscience qu’a eue Notre-Seigneur de l’instant ultime et formel du Sacrifice, l’instant de sa mort, n’était plus une conscience terrestre, c’était un achèvement céleste.

La sainte Vierge Marie, et elle seule, pouvait donc offrir d’une offrande terrestre cet ultime instant, celui où notre Rédemption s’accomplit, celui où la porte du Ciel se rouvre, celui où la justice divine est satisfaite et la miséricorde de Dieu fulgure, où la gloire (externe) de Dieu est rétablie dans toute sa splendeur. Notre-Dame avait un titre à offrir cet instant, et un titre exclusif, comme un titre de propriété : sa maternité virginale, par laquelle Notre-Seigneur est quelque chose d’elle-même, et d’elle seule.

Au pied de la Croix, elle pouvait (terrestrement) achever et parfaire l’offrande, parce que cet instant est celui où elle est immaculée, recevant le fruit de la Passion dans l’acte même où elle l’offre et où elle est créée. Cet instant est son instant, totalement ; il l’est parce qu’il est totalement aussi celui de Jésus-Christ qui consomme son sacrifice en un instant de la terre qu’il offre au Ciel, devant le trône de la très sainte Trinité.

La sainte Vierge Marie est corédemptrice, non pas dans un sens d’égalité ou de doublement de Jésus qui est l’unique Rédempteur, mais dans totale offrande-fusion en son Fils qui lui appartient sans partage, et qui au même instant l’« immacule ».

Il y a un second office que Notre-Dame accomplit au pied de la Croix. L’instant de la mort de Notre-Seigneur est celui du Sacrifice, et il est uniment celui d’une naissance, la naissance de l’Église. Au moment où la vie se retire du corps physique de Jésus-Christ, se forme son Corps mystique, que le coup de lance du soldat fait éclore : « Un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau » (Jo. xix, 34).

C’est la sainte Vierge Marie qui opère cette naissance, qui met au monde ce Corps mystique comme elle virginalement mis au monde le corps physique de Jésus. Elle est mère de l’Église : pas simplement parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ et que l’Église est Jésus-Christ, mais aussi parce qu’elle est au pied de la Croix, maternellement, virginalement, « oblationnellement ».



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